Riman Tamang et Vincent Granouillac

Riman Tamang

Riman a 32 ans. Il est né à la maison, dans le village de Thulo Parsel. Ses parents sont paysans (même si son père, Tasbir, a été un temps guide de trek, comme de nombreux Népalais) ; c’est chez eux, au point d’arrivée du parcours, que nous logerons et mangerons. Ils cultivent le maïs, pratiquent le maraîchage, l’élevage de chèvres et parfois de bufflonnes.

Sa mère, Masina, sous des airs très doux, est une femme de caractère. En plus de Riman, elle a mis au monde trois autres enfants, dont deux vivent à Katmandou et un autre a disparu tragiquement à Leipzig, en Allemagne. Riman avait démarré des études brillantes à l’université de Katmandou mais, malheureusement, faute de moyens, il a dû les interrompre.

Riman

Riman a cependant rebondi pour devenir guide de trek professionnel, une activité qu’il exerce à merveille depuis 16 ans en indépendant. Comme de nombreux Népalais (surtout ceux issus des minorités ethniques), il parle plusieurs langues : le tamang, sa langue maternelle ; le népalais, la langue nationale ; l’hindi et l’anglais. Joyeux, courageux et serviable, vous découvrirez un garçon au grand cœur, prêt à se plier en quatre pour vous !

Vincent Granouillac

À 55 ans, j’ai réalisé un parcours atypique. Ayant voyagé jeune avec mes parents, j’ai développé un désir insatiable de connaissance des autres¹. Un premier long voyage dans le sous-continent indien à 21 ans m’a bouleversé à jamais, m’incitant à intégrer le « clan » des fous de l’Inde². Ainsi, depuis cette époque, je vis de travaux ponctuels et, depuis peu, de mes accompagnements au Népal une partie de l’année. Je préfère m’octroyer du temps pour la marche, l’écriture et les études que courir après le gain : je suis plus riche de rencontres humaines que de moyens financiers. J’appelle cette philosophie de vie « la joie ordinaire ».

En 2004, j’ai rencontré Karsang (un cousin de Riman) par le biais de ma professeure³ d’anthropologie culturelle à l’université de Montpellier. L’année suivante, j’ai commencé à côtoyer sa famille au Népal, et deux ans plus tard, j’obtenais une maîtrise en ethnologie à la suite d’un travail de mémoire sur les pèlerinages hindous.

Mais mon amour pour le sous-continent remonte à bien plus loin. Enfant, mon film d’animation préféré était Le Livre de la jungle, inspiré de l’œuvre de Kipling — un Écrivain anglais ayant passé son enfance à Bombay — et mon animal adoré était l’éléphant (symbole de chance chez les bouddhistes et les hindous). Néanmoins, le réel déclencheur de mon attirance pour le monde indien fut le film Gandhi, que nous avait fait visionner la professeure d’histoire-géographie de mon collège de banlieue parisienne. Je n’avais que 13 ans, mais l’impact fut irréversible. La suite, vous la connaissez : mon voyage initiatique huit ans plus tard.

Aujourd’hui, je partage ma passion pour l’Inde et le Népal avec ceux qui le souhaitent et j’aide, par la même occasion, mon ami Riman et sa famille. Des « joyeux ordinaires » apparaissent simplement sous nos yeux : il suffit de les ouvrir bien grand. Que ce soit par la dévotion du moine ou le courage du cultivateur, ces personnes ne laissent personne indifférent. Je vous propose d’aller à leur rencontre lorsque vous marcherez à mes côtés.

Notes bibliographiques

  1. Claude Lévi-Strauss, « L’ethnologie ou la passion des autres », Magazine littéraire, hors-série n° 15, Paris, 2009.
  2. Régis Airault, Fous de l’Inde : délires d’Occidentaux et sentiment océanique, Petite Bibliothèque Payot, Paris, 2016, 240 p.
  3. Brigitte Steinmann, Les Marches tibétaines du Népal : État, chefferie et société à travers le récit d’un notable népalais, L’Harmattan, Paris, 1988 ; B. Steinmann, Les Enfants du Singe et de la Démone : mémoire des Tamangs, récits himalayens (Népal), Société d’Ethnologie de Nanterre, Collection Haute Asie (dir. A.W. Macdonald), 2001, 500 p.